Acheter le nécessaire,
sans rien avoir à compter.
On rachète en trop par précaution : on ne sait pas ce qu’il reste, et se tromper coûte plus cher que d’en prendre un deuxième. Savoir vraiment supposerait de tenir un inventaire à jour, ce qui coûte plus cher que le problème qu’il résout.
Quatre partis pris.
L’inventaire ne se tient pas. Il se remplit tout seul.
Cocher un article en magasin le fait entrer en stock. Le ticket de caisse dit combien. Aucune saisie n’a été ajoutée pour rendre Walou plus intelligent : la donnée existait déjà, elle était dans la poche.
La date des courses devient l’unité de mesure.
« Assez » ne veut rien dire tout seul. Walou ne compare pas un stock à un seuil, il le compare à la date des prochaines courses. Rien à planifier : une date suffit, tout le reste s’en déduit.
La consommation se déclare une fois, l’app l’ajuste ensuite.
On dit à Walou « j’en prends à peu près ça par semaine ». Il corrige seul, en observant à quelle fréquence le produit revient. Rien à tenir à jour, et la main reste de mon côté.
Quand Walou ne sait pas, il n’affiche rien.
Pas de zéro par défaut, pas de point gris « neutre ». Une absence se montre comme une absence, parce qu’un chiffre inventé coûte plus cher qu’une case vide.
Focus.
Assez, mais jusqu’à quand ?
« Il nous reste de la farine ? » « Oh oui, on en a assez. »
De la présence à la date : problème · décision · renoncement
La première version faisait deux choses : une liste de courses, et un inventaire de ce qu’il y a à la maison. Elle répondait à « est-ce qu’il m’en reste ». En courses, au rayon des fruits secs, je me demande s’il me reste assez de noix de pécan pour mon granola des cinq prochains jours. Au même moment un couple passe à côté. « Il nous reste de la farine ? » « Oh oui oui, on en a assez. » Ce sont deux questions différentes, et Walou ne savait répondre qu’à la première. J’ai pris un paquet au lieu de deux, en espérant.
Ancrer l’app sur une date. « Assez » ne veut rien dire tout seul : ça ne veut dire quelque chose que par rapport aux prochaines courses. Walou cesse de dire ce qu’il y a et se met à dire si ça tient. Ce qui suppose de connaître des quantités, alors que la première version avait fait exactement le choix inverse : une présence, jamais un nombre.
La règle fondatrice était que l’app n’énonce que des faits qu’elle possède réellement. Une estimation n’est pas un fait. Plutôt que de renoncer à la règle, je l’ai déplacée : Walou peut estimer si l’estimation se voit, et si son ignorance se voit aussi. Il peut donc désormais se tromper devant tout le monde.
La règle tenue à quatre endroits
Walou avait une règle fondatrice : n’énoncer que des faits qu’elle possède réellement. Le virage de la V2 l’obligeait à estimer, donc à déplacer la règle plutôt qu’à la casser. Une règle déplacée ne vaut que si elle tient partout, y compris là où personne ne va vérifier.
Elle tient dans quatre endroits qui n’ont rien à voir entre eux, et deux d’entre eux ne se voient pas à l’écran. Un champ de quantité vidé efface la donnée au lieu d’écrire zéro, parce qu’un zéro affirmerait qu’il n’y a plus rien. Une ligne sans consommation déclarée n’affiche pas de gris, qui se lirait comme un avis. Le lecteur de ticket montre l’écart entre ce qu’il a lu et le total imprimé. Un format composite arrive décoché plutôt que résolu au hasard.
Ce ne sont pas quatre fonctionnalités. C’est une seule décision, reprise à quatre profondeurs différentes : deux dans l’interface, une dans le modèle de données, une dans un algorithme de lecture.
« Ranger ses courses et saisir des chiffres sont deux gestes, et le second n’arrive jamais. »
De la saisie au ticket : problème · décision · renoncement
Cette deuxième version est partie en ligne avec les quantités à renseigner à la main. Au bout de quatre jours d’usage réel, je ne les renseignais plus. Pas par négligence : ranger ses courses et saisir des chiffres sont deux gestes, et le second n’arrive jamais. Sans quantité, tout le reste s’éteint. Une version tout juste livrée venait de montrer qu’elle ne tenait pas.
Ne pas alléger la saisie. La supprimer. La quantité achetée existe déjà quelque part : sur le ticket de caisse, qui est dans la poche en sortant du magasin. Walou lit le ticket et propose ce qu’il a compris. La saisie reste possible partout, elle n’est simplement plus nécessaire.
La précision à l’instant T. Walou sait à peu près, jamais exactement. C’est le prix pour que la donnée arrive toute seule, et une estimation qui existe vaut mieux qu’un chiffre exact que personne ne saisit.
Les raccourcis refusés
Deux voies plus confortables ont été écartées. Les données des enseignes, qui auraient fait dépendre l’app d’un magasin. Et un modèle de lecture générique, tenu en réserve tant qu’un lecteur par enseigne suffisait.
Deux jours après la mise en ligne, des courses à l’étranger ont produit le ticket d’une troisième enseigne que personne n’avait prévue. La réserve est devenue le chantier en cours. C’est le prix de l’approche choisie, il était prévisible, et je l’ai payé plus tôt que je ne le croyais.
Ce qui compte tient ailleurs, et n’a pas bougé. Walou ne devine jamais le stock en silence : il propose ce que dit le ticket, ou l’addition avec ce qu’il savait déjà, et laisse corriger. Une seule validation pour toutes les courses, pas une question par produit.
Ce que ça donne.

En usage tous les jours, à deux.
Walou sert à de vraies courses, dans un foyer partagé : deux comptes, un seul stock. C’est cet usage qui a produit ces bascules, et qui produira la suivante.
L’horizon est devenu un instrument.
Un apéro improvisé, il faut des tomates séchées. On pousse la date de courses de deux jours, on lit combien il en faut, on prend ça. Le repère conçu pour répondre « est-ce que ça tient » sert aussi, en le déplaçant, à trouver combien acheter. Personne n’avait prévu ce geste.
Ce que l’app ne fait toujours pas.
Walou ne propose jamais une quantité à acheter. Il dit si ça tient, et laisse déplacer la date pour trouver le bon nombre. La réponse se lit, elle ne se donne pas.
Le réel tranche, jamais le code.
Chaque version est née d’un moment de courses : une question devant un rayon, un geste que je ne faisais plus, un ticket qu’aucun lecteur ne savait lire. Aucune de ces bascules ne vient d’une relecture de code. Chacune vient d’un passage en magasin. Utiliser soi-même l’app tous les jours ne laisse pas le choix : elle dit ce qui ne tient pas avant qu’on ait eu le temps de s’attacher à la solution précédente.

Le balayage sur une ligne a été écarté deux fois : au jugement, puis avec la mesure du geste sur appareil. Il n’apportait rien que le tap ne fasse déjà. Et un défaut d’affichage est resté invisible pendant des semaines parce que le cadre de la maquette était plus étroit que les téléphones réels. Une maquette n’est pas un appareil.
« Qu’est-ce que je dois racheter ? Walou. »
Walou veut dire « rien », « nada ». C’est la réponse qu’on espère devant le rayon, et c’est devenu le nom de l’app. Le projet est parti d’un constat simple : on jette parce qu’on achète en trop, et on achète en trop parce qu’on a peur d’en manquer. Walou ne demande pas d’acheter moins. Il enlève la peur, et le reste suit.









